Musée Stella Matutina: La sucrerie du patrimoine réunionnais

Musée Stella Matutina : Plongée au Cœur de l’Histoire Sucrière Réunionnaise

Le Musée Stella Matutina, niché dans l’ancienne usine sucrière éponyme à La Réunion, offre une immersion fascinante dans le passé de l’île. Depuis son ouverture en 1991, ce lieu emblématique a su enrichir son parcours, dévoilant les secrets de la main-d’œuvre, les techniques sucrières innovantes et les liens profonds entre ces usines et la vie quotidienne des Réunionnais. C’est une véritable fenêtre sur l’histoire, un témoignage vibrant de l’évolution de notre société insulaire. D’ailleurs, « initialement conçu comme un musée des sciences et techniques, il est aujourd’hui juste de le considérer comme un musée d’histoire et d’ethnographie », comme le souligne Bernard Leveneur, son directeur.

Intérieur du Musée Stella Matutina, présentant les machines de l'ancienne sucrerie

 

L’Épopée de la Sucrerie Stella Matutina : Des Origines à l’Apogée

Initialement, le site Stella Matutina n’était qu’une idée audacieuse. En 1858, Appolidor Lesport érigea une sucrerie stratégiquement placée en bordure des meilleures terres agricoles de Saint-Leu. Par la suite, le médecin Jean Dussac acquit ce domaine, le baptisant « Stella Matutina », et en fit le cœur battant d’un vaste empire sucrier, l’un des plus importants de la côte ouest. Face à la crise économique qui secoua la colonie dans la seconde moitié du XIXe siècle, cette sucrerie sut tirer son épingle du jeu. En effet, toutes les autres usines de Saint-Leu fermèrent progressivement, et dès 1912, les cannes à sucre de Trois-Bassins au nord jusqu’à L’Étang-Salé au sud convergèrent vers Stella. C’est ainsi que le site Stella Matutina devint un acteur incontournable de l’économie locale, un véritable pilier du patrimoine sucrier réunionnais.

Champ de canne à sucre luxuriant à La Réunion, évoquant l'histoire de Stella Matutina

 

Un Village Sucrier Animé et Ses Liens Sociaux

Au début du XXe siècle, le domaine de Stella Matutina s’étendait sur une impressionnante superficie de 1200 hectares. Plus qu’une simple usine, c’était un véritable village où de nombreuses familles vivaient depuis plusieurs générations. On y trouvait le camp des travailleurs, la maison des Dussac, et les habitations des cadres, formant une micro-société autonome. La cour de Stella Matutina était bien plus qu’un simple lieu de travail ; c’était un espace vivant où se tissaient, au fil des générations, les liens solides d’une vie de quartier. Les employés et leurs familles se croisaient quotidiennement à la boutique chinoise, un magasin d’alimentation et bazar où l’on trouvait de tout, des épices aux tissus. De plus, les cérémonies et processions pratiquées par les descendants des engagés indiens rythmaient également l’année à Stella, ajoutant une dimension culturelle riche à ce patrimoine sucrier réunionnais. Ces traditions, transmises de génération en génération, renforçaient le sentiment d’appartenance et la cohésion sociale au sein de cette communauté unique.

Représentation d'un village de travailleurs autour d'une sucrerie réunionnaise

 

Rythmes et Divertissements des Travailleurs de Stella

La vie à la sucrerie Stella Matutina n’était pas uniquement faite de labeur. Dans les années 1950, les séances cinématographiques sur l’esplanade devant le Pavillon Martin, ainsi que les fêtes de la Saint-Éloi, patron des ouvriers, apportaient musique et divertissement, égayant le quotidien des travailleurs. Imaginez ces moments de joie partagée, où les soucis du travail s’estompaient le temps d’une projection ou d’une danse. Pendant la période de coupe, de juin à décembre, une intense activité régnait avec l’arrivée de centaines de charrettes et de camions chargés de canne à sucre. Les ouvriers s’activaient avec énergie, malgré un équipement parfois sommaire, mais toujours avec une détermination admirable. Sur les murs du bâtiment, des plaques émaillées posées par Étienne Dussac rappelaient quelques règles fondamentales : « Une goutte d’huile perdue = 10 sous perdus » ou encore « Une place pour chaque chose, chaque chose à sa place… », des maximes qui résonnent encore aujourd’hui et témoignent de la rigueur de l’époque. C’est une facette essentielle de l’histoire de cette ancienne sucrerie Stella.

Scène de vie quotidienne à la boutique chinoise d'une ancienne sucrerie

 

Modernisation et Déclin : La Fin d’une Ère pour le Patrimoine Sucrier Réunionnais

Entre 1920 et 1950, sous la direction d’Adrien Lagourgue puis d’Étienne Dussac, l’usine connut plusieurs agrandissements et modernisations significatives. La décennie 1950 marqua une période particulièrement prospère pour Stella Matutina. En 1953, la société civile fusionna avec celle des Sucreries de Bourbon (SB), un groupe industriel réunionnais fondé sept ans auparavant par Émile Hugot, dont la vision influença profondément tant l’architecture que le processus industriel. C’est pourquoi cette période est souvent citée comme un âge d’or pour le site Stella Matutina, où l’innovation et la productivité étaient à leur apogée.

Ouvriers de la canne à sucre transportant des charrettes chargées à La Réunion

 

Les Transformations Industrielles de Stella Matutina

De 1960 à 1965, sous la conduite d’Armand Campenon, l’usine se transforma radicalement. Le vieux bâtiment en pierre fit place à une construction imposante et moderne, témoignant d’une volonté d’efficacité et de progrès. Ces changements architecturaux et techniques visaient à optimiser la production et à maintenir la compétitivité face aux défis économiques. Cependant, dans les années 1970, une nouvelle crise survint, affectant durement l’industrie sucrière locale. Les prix du sucre chutaient, les coûts de production augmentaient, et la concurrence internationale se faisait de plus en plus rude. La décision difficile mais inévitable fut prise : après la campagne finale en 1977, Stella Matutina cessa définitivement ses activités de production. Les Sucreries de Bourbon conservèrent néanmoins le centre de réception pour acheminer les cannes vers Savanna et Le Gol, prolongeant un peu l’héritage du patrimoine sucrier réunionnais, mais la page de la production directe était tournée pour cette ancienne sucrerie Stella.

Anciennes machines industrielles de sucrerie, vestiges du passé de Stella Matutina

 

La Crise Sucrière et la Fermeture Inévitable

Ainsi s’achevèrent en 1978 cent vingt ans d’une riche histoire industrielle sucrière à Stella Matutina. Une partie du matériel fut démontée, laissant derrière elle des vestiges d’une époque révolue. Mais déjà, une idée ambitieuse germait : celle d’un « musée de la canne et du sucre », évoquée dès 1975 par Lindsay Lincoln, alors directeur technique à Bois Rouge. Cette vision audacieuse cherchait à transformer une friche industrielle en un lieu de mémoire et de transmission. Plusieurs sites furent envisagés avant que ce projet ne devienne finalement un investissement culturel majeur pour La Région Réunion. C’était le début d’une nouvelle ère pour l’ancienne sucrerie Stella, une transformation qui allait la sauver de l’oubli et lui offrir une seconde vie, celle d’un lieu de savoir et de découverte.

 

De la Friche Industrielle au Musée Stella Matutina : Une Renaissance Culturelle

En 1986, Bernard Bachman, ethnologue et sociologue, arriva avec une mission précise : choisir le site anciennement occupé par Stella Matutina pour y installer ce Muséum dédié à l’histoire industrielle et agricole. L’objectif était clair : créer un lieu vivant destiné non seulement à préserver la mémoire, mais aussi à mieux comprendre notre présent tout en nous invitant à réfléchir sur notre avenir commun. L’année suivante, La Région Réunion acquit cette friche industrielle emblématique, reconnaissant son potentiel immense. Après d’importants travaux d’aménagements soigneusement pensés pour valoriser ce patrimoine unique, l’ancienne sucrerie ouvrit enfin ses portes au public en 1991 sous forme muséale. Ce premier établissement bénéficia ensuite en 2015 d’une rénovation majeure, accompagnée d’une extension significative, donnant naissance au bâtiment actuel ainsi qu’à ses riches contenus. Aujourd’hui plus que jamais, l’histoire de notre île occupe une place centrale dans ce parcours muséographique, faisant ainsi du Musée Stella Matutina un lieu incontournable et unique à La Réunion, un véritable phare culturel pour le patrimoine sucrier réunionnais. 

Vue extérieure du Musée Stella Matutina après sa rénovation, moderne et accueillante

Portrait émouvant d'un ancien travailleur de la sucrerie Stella Matutina

Visages de l’Usine : Mémoires Vivantes du Musée Stella Matutina

Immortaliser les Acteurs de l’Aventure Sucrière

En 1994, grâce à l’initiative de François Martin, conservateur du musée, le célèbre photographe Yann Arthus-Bertrand installa son studio au sein même du musée. Son but ? Immortaliser en portrait les anciens travailleurs qui avaient façonné Stella Matutina. Ces femmes et ces hommes, photographiés il y a trente ans – pour beaucoup désormais disparus – appartenaient à une micro-société à l’image de la société réunionnaise. Descendants d’esclaves, d’engagés, de petits ou grands propriétaires européens, ils furent tous des acteurs dévoués de cette grande aventure sucrière locale. Le Musée Stella Matutina continue de célébrer leur héritage, offrant aux visiteurs une connexion émotionnelle profonde avec ceux qui ont bâti cette histoire. C’est une manière touchante de rendre hommage à ces vies et de préserver leur mémoire pour les générations futures.

La Fondation Clément et la Valorisation du Patrimoine Créole

Ce livre, publié par les Éditions Hervé Chopin, résulte d’une belle collaboration entre le Musée Stella Matutina et la Fondation Clément, célébrant le 10e anniversaire de la rénovation du musée. La Fondation Clément, fondation d’entreprise de GBH, s’engage avec enthousiasme dans le mécénat en faveur des arts et du patrimoine culturel. Elle encourage activement la création contemporaine en organisant des expositions à l’Habitation Clément en Martinique et en constituant une collection précieuse d’œuvres illustrant brillamment la créativité caribéenne des dernières décennies. Elle préserve avec soin d’importantes collections documentaires, rassemblant archives privées, bibliothèque historique et fonds iconographiques. La Fondation publie également des ouvrages culturels enrichissants et joue un rôle essentiel dans la valorisation du patrimoine créole, notamment par la mise en lumière de l’architecture traditionnelle. En collaboration avec les Éditions Hervé Chopin, la Fondation Clément a récemment publié « Le patrimoine de la Réunion » (2023) et « Monuments historiques de la Réunion » (2022), bénéficiant du précieux soutien de la Direction des affaires culturelles de La Réunion. C’est une preuve supplémentaire de l’importance de préserver et de partager notre histoire, un rôle que le Musée Stella Matutina incarne parfaitement, en tant que gardien de la mémoire et promoteur de la culture réunionnaise. Venez découvrir ce lieu unique, vous ne le regretterez pas !

Source : Ouvrage « Musée Stella Matutina » financé par La Réunion des Musées Régionaux et La Fondation Clément.

Reportage et photos : Carpe Diem Presse / Corine Tellier / Musée Stella Matutina

 

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